Faisant suite à "L'ouvrier du Second Empire".

Albert et Anatole rentraient respectivement dans une classe supérieure. Nous étions fin Août 1868, l'école reprenait bientôt et pendant tout l'été les récoltes avaient été bonnes dans l'exploitation de l'infâme patron. St Ray revivait, on entendait peu à peu les cloches de l'église se manifester après la cohue des personnalités du Faubourg Saint-Germain qu'avait subi le petit village, comme souillé. La mère et le père s'étaient cotisés et avaient réuni une très généreuse somme afin d'acheter à leurs enfants les fournitures nécessaires ainsi que des billets de train pour partir non loin de Paris faire ces quelques achats. Un dimanche matin donc, très tôt, Madame, dont ses yeux fatigués dessinaient autour d'eux des fissures sur la peau et de profonds cernes, était accompagné de Monsieur qui à eux d'eux tenaient par leur main travailleuse leurs progénitures.. C'était là le portrait typique d'une belle famille. Les parents allaient choisir les objets qu'avaient besoin leur enfants. Toutes leurs économies qu'ils avaient amassées allaient se dissoudre en quelques temps, en un temps très court en fait, le moment d'une journée. Ils se rendirent donc à Paris, devant des boutiques. Il allèrent dans une librairie afin de se procurer des cahiers, quelques plumes à bas-prix et des encriers modestes. Ensuite il s'en retournèrent chez eux après avoir liquidé leur porte-monnaie en offrant gracieusement des sucreries aux enfants. Le père était un peu agacé par ce dernier achat qu'il jugeait d'inutile. La mère un peu soumise s'en résolu et promis à son mari de ne plus faire cette impasse désormais prohibée. Il rentrèrent tard, le lendemain le père ouvrier travaillait et les enfants reprenaient l'école. La nuit fut longue dans la petite chaumière, le plus petit de leur fils Anatole pleurait sans cesse accusant quelque mauvais cauchemars. Sa mère se levât de nombreuses fois pour aller le rassurer et la nuit ne fut pas tranquille. L'aube surgissait quand la mère se leva maladroitement et allait préparer une légère collation à son mari et à ses enfants. Il se levèrent encore plus minablement. Les petits étaient encore très fatigués et leurs yeux leurs piquaient et n'arrivaient pas à les ouvrir à cause de la lumière matinale. Le père, habitué, fut éveillé en moins de cinq minutes et partit rapidement au travail chez l'Infâme. Tandis que la mère se préparait pour emmener les enfants à leur rentrée dans leur petite école communale. Elle endossa les mêmes étoffes qu'elle avait porté la veille, elle ressemblait à un vraie bourgeoise qui s'habillait avec goût, une belle indienne parée de dentelles et qui flamboyait d'un vert pâle mais doux au regard. Sur sa tête elle posa un léger chapeau à la mode et se dota d'un Chantilly. Les enfants furent tout aussi beaux et tenaient sur eux des vêtements unis et bleus pâles. Des petits sabots décrottés et nettoyés dans tous les recoins. Après le déjeuner, ils étaient prêts à partir. Il refermèrent la petite chaumière et quittèrent leur terrain à pas feutrés comme si laissaient la petite masure dormir encore. Ils trouvèrent le chemin de St Rey et arrivèrent devant l'école ou un de petits groupes s'étaient formés. Les petits garçons jouaient déjà aux osselets et aux billes d'un côté et de l'autre, les filles s'exerçaient à la marelle et à la corde à sauter. Les deux sexes bien séparés par un haut mur noirci par le temps. L'horloge sonnait et l'école semblait luire par le soleil qui l'éclairait faiblement. La mère voyait en cette école un avenir meilleur pour ces deux enfants. Elle les voyaient déjà avocats, lettrés gagnant un salaire bien supérieur au leur avec une vie de rêve. L'école était son dernier recours elle l'a chérissait de tout son être. Elle fit alors deux gros baisers sur les deux belles joues qui se présentaient à elle et quitta ses deux petits. Sur la route elle pleura toutes ses larmes et fit fondre sa tristesse sur ses beaux habits. Elle espérait tant pour ses deux. Dans ses yeux mouillés et larmoyants, on voyait l'envie, la joie et l'avenir... Le ciel était pur.
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