"La recherche fugace du temps qui passe." Andy Rankin

jeudi 19 août 2010

Pensées lointaines

Je suis tombé amoureux d'une fille. Une petite française qui venait ici, chez moi. Dans mon pauvre pays. Moi polonais et elle en France, si loin de mes yeux, si loin de mon souffle. Ses yeux si tendres, son sourire éclatant, ses pommettes luxuriantes, sa joie à tout rompre. Tout est loin, j'ai l'impression que sa présence m'a fait sorti de la pénombre. Pour fêter le court instant de vie que nous avons passé ensemble je lui ai interprété ce que je connaissais le plus de la culture française. Une chanteuse, si célèbre là-bas, dans ce pays qui m'est pourtant tant inconnu, la môme à la voie de rocaille, l'interprète par excellence, la braillarde de la rue, la crieuse de bars, l'animatrice de scène. Excentrique, mais des chansons si trempées de sentiments, de joie, de pleurs, d'émotions. Cela m'émeut à chaque fois, lorsque sur la toile je regarde ses vidéos, ses gestes, son timbre magnifique... Je lui est chanté du mieux que je pouvais, pour que cet instant magique où j'étais assis à côté de ce petit être tout chaud, pour gonfler d'amour ce moment si prompt, si court. Les vacances sont terminées, mais je pense encore à elle. La distance me tue, ma vie semble prendre le chemin de l'hiver glacial et je retourne dans l'obscurité. Elle est la flamme de ma vie. Mais le sait-elle ? Voilà ma plus grande crainte, sait-elle que je l'aime ? Est-ce réciproque ? Ma petite tête n'en sait rien et ces réponses restent sans voix. Mais grâce à la mondialisation de cette planète, certains génies ont réussi à pourvoir la population en réseaux géants qui les lie. C'est cela qui est merveilleux. J'ai donc traîné sur Facebook, à la recherche de son aura, de ses phrases tapées au clavier. Elle m'a parlé et chez moi, la lumière s'est rallumée, l'abîme s'est ravivé, les braises étant pourtant sèches et froides depuis l'hiver dernier. Je l'aime et rien n'arrêtera se manège de bonheur.

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Déjà revenu chez moi, dans cette maison périgourdine qui m'héberge déjà assez. Pourquoi je me suis épris de ce garçon ? Est-ce à cause de sa voix de velour, de ses traits suaves, de ses yeux doux, de sa bouche délicate. L'envie de l'embrasser me hante. Pourquoi ai-je succombé comme cela ? C'est tétanisant. Mes parents dorment profondément. Voilà une coupure de courant. La maison s'est éteinte comme une flamme que l'on étouffe. Ma chambre et noire. J'essaye de m'endormir mais très vite, je me relève sur mon lit, yeux grands ouverts et je repense à lui. A cet échange, ses regards et sa chanson. Moi qui n'aimais pas trop Edith, je m'amende, je ne me refuserais pas d'écouter cette cantatrice. Voilà comment tient notre amour, sur cette chanson, sur la vie en Rose, celle de Paris, celle qui représente la France. Mes yeux se perdent devant ce noir envahissant. Je pleure, un an, il faudra attendre tout ce temps pour espérer revoir son visage, le toucher et peut-être lui voler un baiser, le temps d'un petit bonheur. Je suis la femme de l'accordéoniste, à défaut que mon amour à moi est loin d'être un soldat. Non, non, lui c'est un bel adolescent, un polonais magique. Mais pourquoi tomber amoureux de personnes si écartées, si éloignées ? la distance me tue. Je veux le revoir. La lumière se rallume par à coups, puis l'intensité adéquate reparaît. Précipitamment, je m'empresse d'allumer l'ordinateur ! Peut-être est-il là ? Suis-je sotte ! Ici, minuit, là-bas, il est bien plus tard, aucune chance de le trouver sur le réseau à cette heure. Je retombe sur mon lit après avoir exécuté une légère pirouette pour éteindre cette mécanique qui ronfle, mes yeux se perdent dans les lueurs jaunes du plafond blanc. Ma chambre est en complet réaménagement, les papiers peints jonchent le sol. J'allume la radio, et par enchantement, la divine mélodie langoureusement love des années quatre-vingt, True, coule dans mes oreilles comme un véritable festin, je ferme les yeux comme pour la déguster et c'est la voix de Ballet qui m'emporte. "Pam, Pam, Pam, Paaaaaaam, Pam" attise mon sommeil... Je prends sa photo entre mes mains moites et la porte jusqu'à mon cœur et dans cette position, j'expire doucement pour que les tambours de la nuit scellent mon âme et dessinent mes rêves.

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