
Le repas s'éternise, les esprits s'égarent dans des lueurs incandescentes de la lumière artificielle, inattendue ici. Dehors il fait grand jour, après la pluie, le soleil peine à s'imposer face à ses nuages grisants. Les enfants sont repartis dans leur chambre jouer. Le père crie, il réclame leur présence. La femme, dépitée assise au bord de cette table cirée et jaunie par le temps, au bord de ce carré de bois où la vie se déroule doucement usant les couches de ce brillant enduit. L'aîné ne sait quoi dire, il sent la tension familiale monter et ne réagit pas, son visage est clos. Soudain, ce dernier se lève. Il ouvre des tiroirs et en retire des bougies, roses de préférence mais confronté à une pénurie, il en prend deux autres bleues. Celles-ci sont plantés dans le gâteau. Il fouille encore ces petits tiroirs qui peinent à s'ouvrir à cause de cette peinture trop épaisse, après un bon nombre de couches successives, aggloméré à ce bois industriel faiblard. Ce sont de jolis parasols en papier de couleurs jaune et orange qui sont, un à un, placés sur ce dessert glacé. Il est de forme carrée, comme l'est la table, comme le sont les choses dans cette maison, sans aucun baroquisme, droit et sec. En guise de chiffres, de pauvres tiges de fil de fer feignent à ressembler à un quatre et à un trois. La tension monte, le père crie, la mère pleure. La fête tourne au cauchemar et au ridicule, c'est irréel. Après plusieurs essais pour réinstaurer la bonne humeur, l'adolescent apporte le gâteau sous les blâmes de ses frères. Son visage traduit sa colère mais il se contient. Ce dernier pose le gâteau devant sa mère. Elle sèche ses larmes. Son visage est rouge de pleurs, ses yeux sont creusés d'un tristesse indéfinissable. La famille est triste. Triste pour un rien, pour le plaisir. La maîtresse de maison souffle. Décorations après décorations, la gâteau est mis à nu. Le couteau exerce son travail infâme du partage. Les parts sont données, les convives dégustent lentement, dans des éloges discrètes. En somme, c'est triste, c'est maussade. Le silence règne, la tension tombe.
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